Je vis un drame. Mais je ne suis pas peut être pas le seul à le vivre. Ma capacité créative est limitée à quelques heures par jour. Est ce grave docteur?
En général, voila comme je me mets en position écriture:
- Musique
- Celtx (logiciel open source pour l'écriture de scénario - à mon sens, il est plus intéressant que Final Draft pour les connaisseurs)
- Café (ou thé quand j'en ai plus)
Jusqu'ici, cela reste classique. J'écoute souvent les mêmes morceaux que j'ai choisi par rapport à l'ambiance de la série. Pour Pandemonium Eyes, j'écoute du Mozart... ou du Rammstein... Non, en réalité, j'écoute plutôt pour le moment des morceaux transpirants la mélancolie, la tristesse, la séparation, le "je suis venu te dire adieu, et je reprend la télé HD"... Pour les scènes un peu musclées, du Hans Zimmer ou du Kenji Kawai. Mais bon, faut pas trop en abuser.
Ma productivité se résume à trois phases:
- Première heure >>> du bon, du réfléchi: les scènes et dialogues s'enchainent assez bien
- Deuxième heure >>> du mouais, à optimiser plus tard: l'écriture commence à manquer d'inspiration, cela se ressent le plus sur les dialogues
- Après deux heures >>> du remplissage: je ne réfléchis plus, j'expulse ce que je peux expulser (qu'est ce que c'est beau ce que je viens d'écrire - Note à moi même: réplique à placer dans une série), les dialogues se limitent à de l'information, je zappe la personnalisation des personnages. Bref, je brouillonne.
J'ai beau essayé de me forcer, la créativité et l'inspiration ne viennent plus après deux heures. J'ai déjà essayé de faire une pause de quelques heures, les jets suivants sont rarement meilleurs que les premiers jets de la journée (cette phrase sortit de son contexte ... lol) - je dois m'y faire, j'ai une capacité de création limitée. Je deviens vieux?
Relativisons. Globalement, j'arrive à pondre en moyenne entre 2-4 pages de scénarios de qualité satisfaisante, ce qui revient à 2-4 minutes utiles (NB pour les néophytes: minutes utilises = minutes utilisées dans le montage final). Je crois que je suis dans la moyenne plutôt haute pour le cinéma, et dans la moyenne basse pour la télévision. Il faut savoir qu'il m'arrive parfois d'être en très grande forme et de dépasser les 10 pages! Et d'autre jour, faire une demi pages remplis mots soulignés en rouges qui me proposent une correction d'orthographe et de grammaire. L'erreur que je fais actuellement, c'est de ne pas écrire tous les jours, du coup je me fous une pression les autres jours pour rattraper mon retard...
MAIS ce n'est pas parce que je ne pratique pas tous les jours que je n'y pense pas très fortement (cette phrase sortit encore de son contexte peut donner une certaine mauvaise image de ma personne): l'inspiration vient parfois en se baladant sur Paris tout en écoutant de la musique, ou un ivrogne insulté un passant, ou en lisant le discours d'un homme politique (en France, ce sont les meilleurs dialoguistes!) ou en s'inspirant des gens que l'on côtoie ou rencontre - faites attention à vous, quelqu'un vous regarde :). Souvent, en regardant un film ou une série... Oui, j'avoue, cela m'arrive de piller, voler, arracher à la sauvette une idée de scène, un dialogue, un plan. Je n'ai pas honte, parce que tout le monde le fait! Même les plus grands. Dans l'absolu, il s'agit d'une pratique courante: s'inspirer des œuvres qui ont été déjà faites. L'idéal est d'ensuite de se les approprier pour sa propre histoire. On pourrait penser qu'il suffirait de regarder beaucoup de film et de série pour avoir plein d'idée de scène et de dialogue... Le résultat ne prouvera que vous êtes un bon cinéphile / sériephile en place d'un bon cinéaste / réalisateur. Difficile donc de créer quand s'inspirer est plus facile.
Au final, écrire et productivité ne sont pas la meilleure alliance pour arriver un résultat qui me donne l'impression d'avoir bien travailler. Peut être qu'en écrivant un peu tous les jours, je vais arriver par muscler ma créativité. Ou sinon, il y a les champignons ou tout autre produit hallucinatoire ^^. Mais je ne crois pas à cette méthode de travail, à savoir être défoncé pour être créatif. Bon, en fait j'ai pas trop le choix: l'écriture, c'est comme le sport, faut se forcer un peu tous les jours. Promis, je commence demain ^^.

Discussion
Zem
| 20/01/2010 at 12:20Très bon article, sur un problème qui concerne tous les auteurs. Mais je pense que chacun a son rythme et doit apprendre à se connaître.
Pour ma part, j’ai toujours un démarrage difficile où il faut vraiment que je me replonge dans l’ambiance du récit, puis tout vient naturellement et je n’arrive plus à m’arrêter !
Nos articles sur l’écriture : http://www.lescineastes.fr/2009/07/se-brider-a-lecriture/ & http://www.lescineastes.fr/2009/08/musique-contre-page-blanche/ sur d’autres problèmes.
Courage Brice
Brice Duan
| 20/01/2010 at 12:28Je crois que sans musique, je ne pourrai pas écrire (ou au moins difficilement). La dessus, je rejoins ton article!
Après, je crois qu’il s’agit d’une discipline qu’il faut mettre en place progressivement. Pénible, mais utile pour la suite ^^.
Christophe Fantoni
| 21/01/2010 at 00:43Brice,
Tu as oublié un truc fondamental dans ton analyse, à savoir les catégories d’auteur. Pour résumé, il existe aujourd’hui deux catégories d’auteur : l’auteur-technicien et l’auteur-créateur. L’auteur-technicnien, c’est celui qui écrit quand on lui demande d’écrire (ex: un scénariste tiers engagé pour écrire le scénario d’un épisode d’une série X ou Y). L’auteur-créateur, c’est celui qui pèse tous les mots qu’il va employer pour définir un univers, un style, des personnages charismatiques, etc. Bref, c’est celui qui va s’évertuer à vouloir faire de la qualité de sa création et non d’écrire au kilomètre.
L’essentiel dans cet art là, c’est tout simplement d’écrire. Peu importe si, en une journée, tu as écrit 1 ligne ou 10 pages à partir du moment où tu as écrit et qu’à la relecture tu ressens le qualitatif au sein de ta prose. Et ça, cela implique le plus souvent le silence dans l’écriture. Un bon auteur écrit, le plus souvent, la nuit, seul, presque dans le noir, car non seulement il écrit, toujours face à lui-même, mais en plus il se relit à voix haute (par exemple, Flaubert faisait ainsi) Difficile de travailler dans de telles conditions si tu écris en écoutant du AC/DC ou encore du Rammstein.
Maintenant, imagine-toi en train d’écrire en collectivité, par exemple à 4 mains, et tu verras que la musique est à proscrire si tu veux pouvoir échanger de (bonnes) idées avec ton ou ta petite camarade. Si tu ne me crois pas, essaye de mettre de la musique en fond sonore et de discuter en parallèle de ton scénario avec ton autre toi-même. Et tu verras, ça ne marche pas.
La musique, en terme d’écriture, est tout simplement une béquille créative. David Lean, auteur du très bon Docteur Jivago, disait à propos de la musique : « la musique, c’est le docteur du film ». Il en est de même pour l’écriture de roman ou encore de scénario.
Brice Duan
| 21/01/2010 at 01:18Il est vrai que je suis plus dans la catégorie auteur créateur, mon employeur étant ma propre personne, je me laisse pour le moment carte blanche en terme de création et d’ambition artistique, même si j’ai des deadlines à respecter.
J’ai décrit les conditions de mon travail en tant qu’auteur unique, mais je collabore aussi sur un autre projet, et l’écriture à 4 mains se fait en silence. Souvent, elle est beaucoup plus productive que l’écriture solitaire… Si j’ai du mal à avancer par moment sur Pandemonium Eyes, c’est que j’ai face à moi une multitude de possibilité narrative, sans avoir un recul nécessaire pour choisir la voie la plus intéressante.
Après, la musique a aussi ses limites. Depuis que j’ai casté le personnage d’Alida, j’ai désormais un physique, un timbre de voix, une présence que je peux projeter dans des scènes. L’écriture m’est facilitée si je peux mettre un visage derrière les noms des protagonistes. Les candidates qui ne seront pas retenus peuvent également de donner des pistes pour les futurs autres personnages de la série. Les scénaristes, quand ils peuvent, devraient participer à des casting.